Le sport universitaire aux États-Unis pourrait être sur le point de vivre une transformation historique. L’équipe masculine de basket de l’université de Dartmouth a récemment pris la décision de voter en faveur de leur adhésion à un syndicat, marquant un tournant potentiel dans la vision traditionnelle du sport universitaire. Cette initiative, soutenue majoritairement avec 13 voix pour et seulement 2 contre, ne signifie pas immédiatement la constitution d’un syndicat propre aux joueurs. Cependant, cette démarche est révolutionnaire et pourrait remettre en question le statut, ainsi que les droits des athlètes universitaires.

Les leaders de ce mouvement de syndicalisation, Cade Haskins et Romeo Myrthill, deux joueurs en troisième année, se sont exprimés en soulignant l’importance de ce jour pour leur équipe. Ils ont fait part de leur volonté de mettre fin à une période ancrée dans l’amateurisme pour faire reconnaître davantage de droits et des compensations justes pour les athlètes qui évoluent au sein de leur institution, une des plus anciennes et prestigieuses du New Hampshire.

La résistance de l’université de Dartmouth

Bien que l’initiative des joueurs gagne en popularité, l’université de Dartmouth ne partage pas cet enthousiasme. Sian Beilock, le président de l’université, maintient une position ferme comme il l’a déclaré à CNN le 6 février, considérant ses joueurs d’abord et avant tout comme des étudiants. Il a clairement exprimé son opposition à la syndicalisation, rappelant que l’établissement ne délivre pas de bourses sportives et prône plutôt une vision où l’académique et l’athlétique devraient fonctionner de concert.

Cependant, le National Labor Relations Board (NLRB), l’organisme en charge de la régulation de la syndicalisation dans le secteur privé aux États-Unis, n’est pas de cet avis. Selon le NLRB, les joueurs pourraient être considérés comme des employés de l’université car ils fournissent un travail contrôlé par l’établissement et reçoivent en retour des compensations telles que des équipements sportifs, la prise en charge des déplacements, des logements ou des aides financières pour leurs études.

Les enjeux financiers du sport universitaire

Les déclarations de Mary Kay Henry, présidente du Service Employees International Union, le syndicat choisi par l’équipe de Dartmouth, sont sans équivoque. Elle affirme que l’Ivy League, où se trouve Dartmouth ainsi que d’autres universités prestigieuses de la région Nord-Est des États-Unis, est le berceau d’un système controversé de travail quasi non rémunéré dans le sport universitaire. Selon elle, c’est dans cette même ligue que ce modèle prendra fin.

Alors que la NCAA a longtemps rejeté l’idée de rémunérer ses athlètes, un revirement a eu lieu suite à un jugement de la Cour Suprême des États-Unis en 2021, l’obligeant à changer sa politique. L’introduction d’un acteur syndical pourrait inciter la NCAA à reconsidérer sa position, considérant que les athlètes professionnels sont souvent syndiqués. Et les enjeux financiers sont considérables : le football américain et le basket, principaux pourvoyeurs de revenus, ont apporté à la NCAA la somme impressionnante de 7,9 milliards de dollars en 2022, d’après un rapport de l’association.

La démarche de l’équipe de basket de Dartmouth pourrait s’avérer être un tournant décisif, redéfinissant les lignes entre sport, éducation, et droits des étudiants-athlètes. Les implications de cette syndicalisation feront sans nul doute écho dans le monde du sport universitaire, encourageant de possibles mutations positives pour les athlètes mais aussi pour l’intégrité et l’équité du système sportif universitaire.